Coloniae Agrippinae (Cologne), apud Iodocum Henricum Kramer (Josse-Henri Kramer), 1682.
Impressionante et complète édition de 1682 dans reliure en peau de truie ivoire de l’époque estampée à froid avec ses lacets d’origine. Acheté à Cologne (Emi Colonia Agrip.) et ayant appartenu dès 1694 au pasteur réformé de Duisbourg, Johannes à Dorth, qui y a inscrit sa devise biblique (Jérémie 31:10 : Nations, écoutez la parole de l'Eternel, Et publiez-la dans les îles lointaines! Dites: Celui qui a dispersé Israël le rassemblera, Et il le gardera comme le berger garde son troupeau) ainsi qu’à l'historien de la Palestine Gaston Le Hardy (1890).
Richement illustré de 12 cartes gravées sur double page dont une spectaculaire carte générale dépliante de la Terre Sainte divisée selon les territoires des douze tribus d’Israël, 9 cartes des territoires des tribus, une planche de l’Exode et un grand plan de Jérusalem. Ce plan extrêmement détaillé offre une interprétation biblique et chrétienne de la ville de Jérusalem. Mesurant 75 x 52 cm, il demeure une pièce significative dans la cartographie de la Terre Sainte.
Cette édition est l’œuvre de l’imprimeur-libraire colonais Jodocus Henricus Kramer, successeur de la célèbre officine Birckmannica, détentrice historique des privilèges et des matrices de cuivre d’Adrichom depuis la fin du XVIe siècle. Elle se démarque des précédentes par un superbe frontispice, une nouvelle typographie et des lettrines plus fines et plus détaillées. Kramer signe ici la dernière grande édition ancienne de Cologne utilisant les cuivres originaux. (Laor, Maps of the Holy Land, 934).
In-folio (38,5 x 25 cm); [1] f.bl., titre frontispice, [8]ff. , 286pp. , [1]f. Catalogus Auctorum, [12] ff. Index, 1 f.bl. , 42pp. Index des noms. Texte en latin sur 2 colonnes. Peau de truie ivoire de l’époque estampée à froid avec lacets d’origine, dos à nerfs avec titre manuscrit.
L’ouvrage commence par la description de la terre sainte avec la grande carte puis une description de chaque territoire des 12 tribus accompagnée d’une cartographie. Vient le plan détaillé de Jérusalem et le détail numéroté de chaque bâtiment puis le Catalogus Auctorum et l’Index.
Publié à l’origine à Cologne en 1590, cinq ans après la mort de son auteur, le Theatrum Terrae Sanctae fut réimprimé en 1593, 1600, 1613, 1628, 1682 et 1722 (édition corrigée de 1682). Premier atlas consacré à la Terre Sainte, c’est l’œuvre la plus importante et la plus célèbre d’Adrichem.
L’auteur, Christian Kruik van Adrichem était un prêtre catholique, directeur du couvent de Saint Barbara, né à Delft aux Pays-Bas, le 13 février 1533.
Les troubles de la réforme le poussent à déménager plusieurs fois dans les Pays-Bas avant de finalement s'installer à Cologne. C’est là qu’il se tourna vers l’étude de la géographie de la Terre Sainte. Il meurt dans cette même ville le 20 juin 1585.
Le titre “Theatrum terrae sanctae et biblicarum historiarum cum tabulis geographicis” est une description directe de la structure du livre, ainsi que de sa philosophie de pensée géographique.
Le “Theatrum” fait référence aux premières idées modernes sur l’organisation et la communication de la connaissance. Le placer dans le titre montre qu’Adrichem défend l’idée d’un livre réfléchi et structuré sur la géographie historique de la Bible (1). “Terrae sanctae et biblicarum historiarum cum fabulis geographicis” nous amène dans le domaine d’expertise de la “Geographia Sacra” désignant l'étude systématique de la géographie biblique et ecclésiastique. Ce domaine d’enquête, dont Eusèbe de Césarée énumérait les composantes dans la préface de son Onomasticon ne constitue pas un simple “arrangement” technique cartographique entre la Bible et la géographie mais un acte exégétique et interprétatif (2).
Theatrum terrae sanctae et biblicarum historiarum cum tabulis geographicis est donc un ouvrage érudit écrit au XVIe siècle par un prêtre catholique dans un contexte religieux difficile. Il se veut à la pointe des connaissances de l’époque, il est issu d’un travail rigoureux d’étude biblique de témoignages de voyageurs et de cartographie. Mais c’est aussi l’aboutissement artistique d’une expertise sur la géographie sacrée.
Il est intéressant de souligner, en paraphrasant le travail de Zur Shalev sur la fertilité de la Terre Sainte, que si Adrichem a dû s'inspirer de témoignages pour construire son Theatrum il n’en demeure pas moins que même les témoignages de première main étaient victime du prisme biblique. Des voyageurs tels que Burchard du mont Sion (XIIIe siècle), Leonhard Rauwolf (années 1570), Jean Zuallart (pèlerin catholique) s’attendaient à découvrir un jardin d’Éden, lorsqu’ils virent les terres désertiques de Palestine et face à la réalité soit confirmaient vigoureusement la fertilité de la Terre Sainte soit s’en désolaient en soutenant qu’elle avait été réduite en déserts arides par le châtiment de Dieu.
Cela renforce la vision très Chrétienne du Theatrum sans pour autant en enlever son importance géographique.
[...] l'auteur (Adrichom) a exploré les implications métaphysiques du réalisme pictural afin de présenter et d'utiliser ses cartes comme des outils chrétiens, assimilant la véracité du médium cartographique à l'authenticité de la vie du Christ et à la compréhension théologique de la vérité.(3)
Le travail d’Adrichom était si précis et si érudit qu'il semble avoir dépassé les frontières confessionnelles. L’ex libris de 1694 de Johannes à Dorth mentionnant explicitement qu’il était pasteur de l’église réformée (Pastor Reform. Eccl. Duirb) n’est certainement pas un hasard. Cette mention, annotée sur un livre écrit par un catholique non seulement souligne son importance pour l'exégèse protestante de la fin du XVIIe siècle mais permet également d’associer intellectuellement ce savoir à la théologie réformée.
Dans un contexte certainement encore difficile après un siècle de conflit avec les catholiques espagnols et en pleine Guerre de la Ligue d'Augsbourg et révocation de l’édit de Nantes.
État : reliure salie, frottée par endroit, mouillure sur la couverture et sur des pages intérieures, F. G3 relié avant f. G2, quelques erreurs dans la pagination. Toutes les cartes sont en très bonne condition, solides et sans restauration. Le grand plan de la Terre Sainte a une mouillure visible au dos. Ce livre conserve toute son intégrité structurelle. Voir les photos détaillées.
(1) A spectacular map theatre : The 1593 edition of Christiaan Adrichem’s Theatrum Terrae Sanctae. Dr. Marianne P. Ritsema van Eck. 2020
(2) Zur Shalev The Oxford Handbook of the Bible in Early Modern England, c. 1530-1700. 2015
(3) Ioana Zamfir. Accuracy, veracity, and theological truth in the 16th century atlas Theatrum Terrae Sanctae. 2021 (National Museum of Maps and Old Books, Romania).
Graesse. I p.10
Laor, Maps of the Holy Land, 934