Philosophia ad rerum naturalium intelligentiam comparata. Opera et studio J. Felicis Lugdovici Demonclard in collegio sanctissimae Trinitatis philosophiae professoris. Scripta et studiose relecta a N. Joanne Rouher.
Lyon, (collège de la Trinité), 1752.
Manuscrit en latin. 2 volumes in-4. 441-[8] pp. (index) et 543 pp. Deux titres gravés avec encadrement et deux planches imprimées (Jérôme Vallet, Paris) ; 26 planches hors texte dont 24 dessinées à la plume ; petits dessins et schémas dans le texte.
Reliure de l'époque ou légèrement postérieure en pleine basane marbrée, filet à froid en encadrement des plats, dos à cinq nerfs orné de caissons dorés fleuronnés, pièces de titre et de tomaison en maroquin rouge, roulette dorée sur les coupes, tranches et gardes marbrées, signets de soie verte.
Cours complet de philosophie recueilli à Lyon, au Grand Collège de la Trinité, par l'étudiant Jean Rouher sous la chaire du père Louis Demonclard, jésuite né à Avignon en 1718 et alors âgé de trente-quatre ans.
Le texte, dicté et « soigneusement relu » comme l'annonce le titre, suit l'ordre habituel des Institutiones philosophicae des collèges de la Compagnie : logique, métaphysique et théologie naturelle dans le premier tome, physique dans le second. C'est là que réside tout l'intérêt de ce type de manuscrit, très recherché des historiens de l'enseignement : les cours des professeurs de philosophie jésuites n'étaient pour la plupart jamais imprimés et ne survivent que par les cahiers de leurs élèves. Le collège de la Trinité, tenu par les jésuites de 1565 à 1762, fut l'un des foyers intellectuels les plus importants du royaume ; notre cours, daté de 1752, appartient à sa dernière décennie jésuite, dix ans avant l'expulsion de la Compagnie.
Le père Demonclard y apparaît comme un enseignant très au fait de la science de son temps. La physique traite longuement des systèmes du monde (Ptolémée, Copernic, Tycho Brahe), de la réforme grégorienne du calendrier, de la nature de l'air, de la statique et de la balistique, et l'on y sent, sous le vocabulaire scolastique, l'influence des expériences de Boyle, Torricelli et Newton, dont le nom revient dans les feuillets consacrés à la gravitation.
Ce qui frappe d'abord, cependant, c'est la qualité de la copie. Jean Rouher tenait une plume d'une régularité et d'une élégance rares chez un étudiant : titres de chapitres en grande bâtarde calligraphiée, texte d'une cursive serrée mais parfaitement lisible, symboles planétaires et signes du zodiaque tracés dans le corps du texte, schémas insérés en marge (carré logique des oppositions, systèmes du monde). Les 24 planches dessinées à la plume qui illustrent le second volume, numérotées et renvoyant aux pages du cours, sont de véritables petites gravures manuscrites : soleils à visage humain, phases de la lune, orbites planétaires, thermomètres et baromètres dans leurs vases, pendules retenus par des mains, leviers, et une belle planche de balistique où un boulet décrit sa parabole entre deux galions. Une grande gravure d'un galion clôt le volume. La finesse des hachures et la sûreté du trait témoignent d'un élève exceptionnellement doué pour le dessin.
Les deux titres gravés et les deux planches de géométrie imprimées sortent de la boutique de Jérôme Vallet, graveur du roi, rue Saint-Jacques « à l'effigie de Louis XIV ». Celui-ci montre la Philosophie trônant sur les nuées, foudroyant l'Ignorance, entourée d'une galerie de médaillons allant de Thalès et Pythagore à Descartes, en passant par Aristote, Thomas d'Aquin, Scot et Occam. Tout le programme d'un collège jésuite tient dans cette frise.
Très bel exemplaire, complet et d'une grande fraîcheur intérieure, dans sa reliure décorée.
De Backer-Sommervogel V, 1203.
État : Coiffes usées avec petits manques, coins émoussés, quelques trous de vers aux plats et au dos, tache sombre sur un plat du tome I ; quelques légères rousseurs et traces de manipulation, sans atteinte au texte ni aux dessins.